Dimanche 4 octobre 2009 7 04 /10 /2009 15:46

Yoko Ono est une compositrice, écrivain, comédienne et cinéaste japonaise, connue notamment pour le couple qu'elle forma à partir de mai 1968 avec John Lennon, jusqu'à son assassinat sous ses yeux à New York le 8 décembre 1980. Artiste à part entière, Yoko Ono reste dans l'imaginaire collectif la muse du fondateur des Beatles, et aussi celle par qui la séparation du groupe est arrivée.

Son nom en kanji est 小野 洋子, Ono Yoko, mais les médias japonais écrivent désormais son nom en katakana, ヨーコ・オノ, écriture utilisée pour les noms étrangers.

Rencontre avec John Lennon

En septembre 1966, ayant eu vent du fort mouvement culturel à Londres, marqué par le fameux Swinging London, Yoko et Tony décident de s'y installer. La presse britannique amusée mais aussi intriguée, réserva un accueil plutôt favorable aux œuvres de Yoko, et cela dès sa première prestation, le 28 septembre. Après quelques démarches, Yoko fait la connaissance de John Dumbar, grande figure de l'avant-garde artistique londonien, époux de Marianne Faithfull et directeur de la galerie Indica où elle parvient à y faire une exposition, dont le vernissage est prévu pour la mi-novembre.

Invitée le 9 novembre 1966 au Destruction In Art Symposium de Londres, Yoko rencontre John Lennon, le légendaire chanteur des Beatles, lors du vernissage de son exposition Unfinished Paintings & Objects à la galerie Indica. Ce dernier découvre alors l'univers de l'artiste conceptuelle, son imaginaire, son humour qui entrent intimement en résonance avec ses aspirations intellectuelles et artistiques. Il ne reste pas indifférent au charme mystérieux de la Japonaise. Le premier objet qui attire son attention est une pomme mise en vente pour 200 livres : « J'ai trouvé cela fantastique. J'ai tout de suite pigé l'humour de son travail » déclara-t-il au magazine Rolling Stone en 1970. Lorsque John Dunbar demanda à Yoko de laisser Lennon enfoncer un clou sur l'une de ses œuvres, elle refusa tout d'abord car le vernissage avait lieu le lendemain et elle voulait que la planche soit intacte. John proposa alors de payer cinq shillings imaginaires pour planter un clou imaginaire :
« Il y avait une échelle suspendue au plafond, menant à une peinture. On aurait dit une toile vierge avec une chaîne à l'extrémité de laquelle pendait une loupe. J'étais anti-art parce que j'avais passé cinq années dans une école d'art et qu'ils étaient tous bidon et j'étais vraiment contre. Mais en visitant les galeries je m'y étais de nouveau intéressé et j'étais là. J'ai escaladé l'échelle et pris la longue-vue, je me balançais là-haut et dans une écriture minuscule ça disait simplement « Oui ». Et c'est ce qui m'a décidé à rester. Ça disait « Oui ». Ça m'a décidé à voir la suite de l'exposition. Si ça avait dit « Non » ou quelque chose de méchant ou de sarcastique, du genre « Arnaque » ou je ne sais quoi, j'aurais quitté la galerie sur-le-champ. Parce que c'était positif et que ça disait « Oui », je me suis dit : « OK, c'est la première exposition où je vais qui me dit quelque chose de chaleureux ». Alors j'ai décidé de voir le reste de l'exposition. Et voilà comment on s'est rencontrés. Si ça avait dit « Non », je serais parti. C'était comme un truc personnel. Je suppose que quiconque lisait ça ressentait la même chose. Mais j'ai pris ça comme un « Oui » que l'artiste m'adressait personnellement. »
Dans la chanson Lucy In The Sky With Diamonds sur l'album Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band de 1967, John Lennon rêvait déjà d'une femme qui un jour viendrait le sauver, A girl with kaleidoscopic eyes (une fille avec des yeux kaléidoscopiques) tout à la fois muse et alter ego, sans savoir qu'il s'agirait de Yoko Ono. Leur rencontre fut un court-circuit culturel, social et artistique tant le monde de la pop star internationale et l'univers avant-gardiste et relativement confidentiel de Yoko semblaient éloignés l'un de l'autre.
Voyant plus qu'un encouragement dans le fait d'avoir enfin approché une star de l'envergure de John Lennon dans une des galeries les plus branchées de Londres, l'année 1967 fut mise à profit par Yoko et Tony pour enfoncer le clou et pour que Yoko fût le plus souvent possible citée dans les gazettes. Ils n'y réussirent pas si mal, puisqu'à la fin août 1967, Yoko était devenue sinon une célébrité, du moins une curiosité ayant une forte propension à attirer, et ce de plus en plus, l'attention des tabloïds. Dès février 1967, alors que le couple squatte un peu du côté de Chelsea, chez l'artiste londonien Adrian Morris, le Tout-Londres a déjà beaucoup glosé sur son fameux film, Bottoms, et sur la collection de derrières nus et en marche qu'il proposait en gros plan. Le film, ébauché à New York peut avant de se lancer à l'assaut de la capitale anglaise, était une idée de Yoko qui lui était venue en regardant les mouvements du derrière d'une femme de ménage agenouillée et occupée à frotter le sol! Elle trouvait que l'intérêt profond du derrière, par rapport au visage, est qu'il ne peut mentir.

Yoko Ono rencontre une deuxième fois John Lennon, également à Londres, lors d'un vernissage de Claes Oldenburg, lui aussi adepte du happening. Plus tard, elle lui téléphone pour lui demander d'apporter sa contribution à un livre dont John Cage, qui se trouve être de passage à Londres, a commencé la rédaction. Il s'agit d'un ouvrage sur la musique du 20ème siècle, de Stravinsky aux Beatles. Elle obtient un rendez-vous avec un Lennon charmé qui lui offrira une partition : celle de la chanson The Word, entièrement écrite aux crayons de couleurs et présente sur l'album des Beatles Rubber Soul paru en 1965. Entre deux prises, Lennon s'entretient avec elle et se montre intéressé par sa prochaine exposition. Il est déjà sous le charme.

Cynthia Lennon, la première femme de John, était parfaitement au courant de l'existence de Yoko, longtemps avant le voyage des Beatles à Rishikesh en Inde (en 1968). Yoko s'était un jour invitée dans la voiture de John pour aller chez elle, alors même que Cynthia se trouvait à bord. C'était une politique délibérée de la part de Yoko, qui comportait aussi l'envoi de lettres et même des visites personnelles à Kenwood. Au début, John répétait qu'il s'agissait simplement d'une de ces groupies enamourées, ou bien que l'intérêt de cette femme pour lui commençait et s'arrêtait au sponsor potentiel. Cynthia n'y crut sans doute pas totalement, mais c'était ce qu'elle voulait entendre. Elle souhaitait aussi que l'Inde marquât un nouveau départ dans leur relation. En réalité, ce fut le commencement de la fin. John avait bien essayé d'emmener Yoko avec lui en Inde. La chose était impraticable, mais les amants échangèrent une correspondance régulière pendant cette période de deux mois. Cynthia apprit bien plus tard que les sorties matinales de son époux et ses manières de plus en plus distantes à son égard n'avaient rien à voir avec la méditation. Au retour de l'Inde, John Lennon quitte définitivement sa femme pour Yoko Ono.

John et Yoko

Yoko allait exercer une influence considérable sur plusieurs compositions de John Lennon. En tant que Beatles, il écrivit The Ballad of John and Yoko et il fit référence à elle indirectement dans Julia, une chanson dédiée à sa mère morte alors qu'il avait 18 ans, avec le vers : « Ocean child calls me, so I sing a song of love » (« l'enfant de l'océan m'appelle, c'est ainsi que je chante une chanson d'amour »). D'autres chansons de Lennon écrites sous l'influence de Yoko virent le jour au cours de sa carrière incluant : I Want You (She's So Heavy), Don't Let Me Down, Happiness is a Warm Gun, Because (avec les Beatles), Well Well Well, Oh Yoko!, Jealous Guy, I'm Losing You, Bless You, Dear Yoko, Woman... (en solo).

Cette union verra dans un premier temps la naissance de plusieurs albums expérimentaux, dont le fameux Two Virgins. Enregistré en mai 1968, le soir où ils consommèrent leur union pour la première fois, cet album de musique électronique et expérimentale est plus connu pour sa pochette, sur laquelle ils apparaissent tous deux nus dans le plus simple appareil, que pour son contenu jugé très médiocre. D'autres albums suivront comme Unfinished Music No.2: Life with the Lions et The Wedding Album. Il s'agissait plutôt d'expérimentations conceptuelles basées sur des bruits fortement influencés par la carrière de Yoko comme artiste plastique.
Le 18 octobre 1968, le couple fut arrêté lorsque une quarantaine d'agents découvrirent plus de 219 grammes de résine de cannabis dans leur appartement occupé, au 34 Montagu Square, à Londres. Quelques jours plus tard, Yoko sera hospitalisée pour une fausse couche. Cette affaire va hanter le couple pendant des années. Le gouvernement américain s'en servira d'ailleurs pour leur interdire leur carte verte de résidents américains.

John et Yoko se marient le 20 mars 1969 à Gibraltar. Ils se produisent par la suite dans toute une série d'apparitions artistiques ou musicales (dont The Rock and Roll Circus) des Rolling Stones qui suscitent l'indignation et la surprise parmi le grand public. Ils se rendent également célèbres par leur engagement militant en faveur de la paix dans le monde, notamment au travers du tube Give Peace A Chance attribué à la toute jeune Plastic Ono Band, qui fut le premier succès jamais sorti par un Beatles en dehors du groupe. Le 13 septembre 1969, le premier album du Plastic Ono Band fut enregistré pendant le Toronto Rock and Roll Revival Festival. En plus de John et Yoko, cette première incarnation du groupe se composa du fameux guitariste Eric Clapton, du bassiste Klaus Voormann, et du batteur Alan White. Il y interprétèrent aussi bien de vieux standards du rock'n'roll que "Give Peace A Chance" ainsi que deux compositions de Yoko, Don't Worry Kyoko (Mummy's Only Looking For Her Hand In The Snow) et John, John (Let's Hope For Peace) durant ce qui fut peut-être l'une des premières performances avants-gardistes données pendant un concert de rock, devant un public bouche bée de stupeur.

Après de continuels voyages entre le Royaume-Uni et les États-Unis, John et Yoko s’installent définitivement à New York, au mois d’août 1971. Leur première demeure est située dans le West Village new-yorkais. Alléchés par l'arrivée de John et Yoko aux USA, les médias les inondèrent de demandes d'interviews. Le couple vit là une formidable occasion d'intensifier sa campagne pour la paix. Lors de leur première année aux Etats-Unis, John et Yoko jouèrent également un rôle actif dans de nombreuses manifestations politiques. Le 11 décembre 1971, le couple se produisit aux côtés de Stevie Wonder, Phil Ochs et Commander Cody lors du John Sinclair Freedom Rally, un concert donné à la Crisler Arena, à Ann Arbor, Michigan devant un public de 50 000 personnes contre l'incarcération de John Sinclair, le leader des White Panther Party. Arrêté pour détention de deux joints de marijuana, Sinclair avait été condamné à dix ans de réclusion en juillet 1969. John et Yoko avaient écrit chacun une chanson pour le rassemblement. Le John Sinclair de John rendait hommage à ce dernier et le Sisters, O Sisters de Yoko annonçait les chansons féministes à venir. Trois jours après ce concert, Sinclair fut libéré après n'avoir effectué que 21 mois de prison; un exemple de l'efficacité des interventions de John et Yoko depuis leur arrivée en Amérique. Six jours plus tard, le 17 décembre 1971, John et Yoko furent les invités surprise d'un concert de bienfaisance organisé à l'Apollo Theatre de New York, en faveur des victimes des émeutes de la prison d'Attica State du mois de septembre précédent, durant lesquelles la garde nationale avait tué vingt-huit prisonniers et neuf otages.

Entre le 14 et le 18 février 1972, John et Yoko co-présentèrent le Mike Douglas Show, un talk-show télévisé diffusé dans tout le pays et destiné aux ménagères de la classe moyenne. A priori, une émission qui leur ressemblait peu, mais Yoko et John savaient que cela leur permettrait d'infiltrer la petite bourgeoisie américaine. Pendant l'émission, John et Yoko déclarèrent que des agents du gouvernement américain les filaient et que leur téléphone était sur écoute.
Le 30 août 1972, John et Yoko organisèrent deux concerts de charité au Madison Square Garden de New York, au profit de la One To One Organization, une organisation pour les enfants handicapés mentaux. Accompagné par le Plastic Ono Band Elephant's Memory Band, le couple interprètèrent un répertoire de chansons provenant de leurs premiers albums solos dont Sometime In New York City. Ces concerts générèrent plus de 1.5 millions de dollars et firent l'objet d'un disque et d'un film intitulé Live In New York City où l'on peut remarquer que la connotation politique était en outre particulièrement virulente.

Ensuite, ils déménagent dans le fameux immeuble Dakota Building, en face de Central Park. Une époque curieuse de la relation de Yoko et Lennon, déjà étrange en soi, commence à l'automne 1973, quand tous les deux se séparent pour une période de 18 mois. Yoko continue sa carrière musicale et artistique à New York tandis que John s'en va vivre à Los Angeles avec leur assistante personnelle May Pang. Yoko avait plus au moins poussé May dans les bras de John : mieux valait une jeune et jolie chinoise, pensait-elle, qu'une escouade de groupies hystériques. Pendant cette séparation, John et Yoko restent constamment en contact, exprimant mutuellement son amour et Yoko dépêcha même régulièrement sur place divers espions pour contrôler les faits et gestes de son mari. Elle lui avait interdit de rentrer jusqu'à ce qu'elle estime qu'il était prêt et qu'il avait chassé de ses habitudes la boisson et la fête. Le 28 novembre 1974, le jour de Thanksgiving, John joua à côté d'Elton John à l'occasion d'un concert au Madison Square Garden de New York. Yoko assistait incognito à ce concert, dans le public, et vint saluer John dans les coulisses après le spectacle. C'était leur première rencontre en un an et sans doute l'espoir de les voir bientôt à nouveau réunis. C'est ainsi qu'en janvier 1975 et après plus de dix-huit mois passés loin l'un de l'autre, John est de nouveau admis au Dakota aux côtés de Yoko.

Yoko tomba très vite enceinte (elle avait alors 42 ans) et accoucha le 9 octobre 1975, jour du trente-cinquième anniversaire de John, de leur fils Sean Taro Ono Lennon. Dès lors, le partage des fonctions dans le couple se fait d’une manière très claire : John se consacre entièrement à son fils et Yoko s'occupe de leurs affaires familiales. Elle prend les rênes des finances communes et devient la gestionnaire de l’important passif musical de John.

Source : Wikepedia
Publié dans : Muses en vrac - Communauté : Créations au féminin
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